SCULPTURE – 20TH

Henri BOUCHARD

« Rebatteur de faux »

Épreuve en bronze à patine brun nuancé
Cire perdue par la Fonderie Bisceglia
Cachet de fondeur à l’arrière gauche
Signée dans la cire « Bouchard » sur la terrasse naturaliste à droite
Vers 1907/1910 d’après le plâtre original des années 1905/1907

Dimensions :
Hauteur : 19 cm
Longueur : 29 cm – Profondeur : 22 cm

La Campagne dans l’oeuvre de Bouchard

« Fier de ses racines provinciales, Henri Bouchard consacre plusieurs œuvres à la thématique de la campagne telle qu’il l’a connue plus jeune dans son village maternel de Bourgogne. Son attrait pour la vie quotidienne des travailleurs de la terre se manifeste ainsi très tôt au travers de sujets rudes et rustiques qui sont pourtant révélateurs d’une grande sensibilité artistique.

Le sculpteur construit habituellement ses compositions selon un schéma simple organisé autour d’un personnage concentré à la tâche et dont la fonction est identifiée grâce à la présence d’un outil ou d’un animal faisant office de véritable attribut : le laboureur avec sa charrue, le berger avec son bâton et son chien, la faneuse avec ses gerbes de blés. Quant aux scènes de groupe, elles lui permettent d’exprimer la force collective, l’entraide mais aussi des moments de partage entre générations ainsi que l’illustrent Vendangeuse et enfant ou encore Femmes de Campanie.

Bien au-delà de la simple représentation de travailleurs, ce sont les gestes de ces derniers que Bouchard scrute et cherche à saisir sur le vif. Ces gestes ancestraux, témoins d’un savoir-faire millénaire menacé d’oubli face la mécanisation du travail, l’artiste avait pu les observer dans sa campagne bourguignonne mais également sur les toiles du peintre Millet qu’il admirait profondément. C’est sans nul doute cette capacité à retranscrire fidèlement le mouvement dans la matière qui valut à Bouchard les multiples commandes qu’il reçut du ministère de l’Agriculture pour récompenser les lauréats des concours agricoles français. »

Marine Roux
Musée de la Piscine -Roubaix

Henri BOUCHARD (1875-1960)

Louis Henri BOUCHARD (1875-1960)

Louis-Henri Bouchard, né le 13 décembre 1875 à Dijon. Fils d’un menuisier dijonnais, il entre comme apprenti chez un décorateur ornemaniste où il apprend les rudiments de la sculpture. En 1889, il suit dans le même temps, les cours de l’École des beaux-arts de sa ville natale, où il y est l’élève du sculpteur dijonnais François Dameron. Il s’inscrit à l’Académie Julian à Paris et entre à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, où il est l’élève d’Hector Lemaire de 1889 à 1894. Il entre ensuite à l’École des beaux-arts de Paris dans l’atelier du sculpteur Louis-Ernest Barrias de 1895 à 1901, à la même époque que Paul Landowski et Charles Despiau.

En 1901 il remporte le grand prix de Rome sur le thème de l’Exil d’Œdipe et d’Antigone chassés de Thèbes.

De 1902 à 1906, il est pensionnaire à la villa Médicis à Rome, d’où il envoie des œuvres telles que le Faucheur, Débardeur du Port de Naples, Fillette à la cruche ou Jeune danseuse romaine. Il envisage un temps de dédier un monument au travail et aux travailleurs.

Il voyage de 1903 à 1905. Outre l’Italie, il visite la Tunisie en 1903 où il découvre l’exotisme, le Maroc et l’Espagne en 1904 et la Grèce en 1905. Ces années aiguisent son goût pour la vie quotidienne et le labeur des petites gens.

De retour en France en 1906, il installe son atelier dans le quartier Montparnasse à Paris où, dans la lignée de Jules Dalou ou de Constantin Meunier, il développe son approche naturaliste du monde des travailleurs. Il reçoit sa première commande de l’État en 1907.

En 1909, il réalise Le défrichement, grand groupe monumental que Bouchard rêvait de voir comme couronnement à son monument au travail. Il sera fondu en 1942 pour la récupération du métal, seule une photo nous permet aujourd’hui de connaître le groupe dans son ensemble.

En 1910, il est nommé professeur à l’Académie Julian où il enseignera jusqu’en 1928. Son art devient plus stylisé, rythmé, plus décoratif aussi. Il crée de petites pièces décoratives et reçoit de nombreuses commandes d’œuvres monumentales et de reliefs.

Entre 1909 et 1917, il réalise avec son ami le sculpteur Paul Landowski le Monument de la Réformation à Genève.

En 1913, il épouse l’artiste peintre allemande Suzanne Schneller, dont il modèle le buste. Il élèvera avec elle trois enfants : François, Linette et Roland.

En 1915, éclate la Première Guerre mondiale, Bouchard est mobilisé dans un régiment d’Infanterie affecté à la section du camouflage de l’armée française à Amiens où il restera jusqu’en 1918. Il sera nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1914.

Démobilisé en 1919, il regagne Paris et retrouve sa famille et ses chantiers abandonnés. Pour répondre aux nombreuses commandes qui lui sont passées, il fait construire en 1924 un atelier à Paris dans le quartier d’Auteuil, qui deviendra plus tard le musée Henri Bouchard.

Il participe à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 pour laquelle il reçoit la commande d’une fontaine qui devait être placée devant le pavillon de la Manufacture Nationale de Sèvres. (Fontaine jamais retrouvée) et il réalise plusieurs projets de médailles dont une a été retenue et frappée.

De 1928 à 1929, il enseigne à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, puis de 1929 à 1945, il devient professeur et chef d’atelier à l’École des beaux-arts de Paris.

En 1929, Bouchard réalise le Monument de Boufarik : « Au Génie Colonisateur français ». Monument commandé à l’occasion du centenaire de l’Algérie. Monument détruit à l’Indépendance de l’Algérie en 1962.

En 1930, il est élu membre agrégé étranger à l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers (au fauteuil du sculpteur Antoine Bourdelle).

De 1932 à 1935, il réalise la façade de l’église Saint-Pierre de Chaillot.

En 1933, il devient membre de l’Académie des beaux-arts de Paris.

En 1934, il participe au décor du paquebot Normandie que ses commanditaires entendent faire rayonner comme le représentant d’un nouvel art décoratif français. Dans ce chantier manifeste, les architectes Expert et Bauwens font appel à lui pour l’exécution de quatre bas-reliefs en pierre devant mesurer un mètre sur deux pour la galerie-salon située entre le grand salon et le théâtre. Les grands bas-reliefs n’ont jamais été retrouvés après la transformation du bateau en transport de troupes, son incendie et sa disparition en 1942.

En 1937, il réalise la statue monumentale Apollon et les muses, commandé par l’État pour orner la terrasse du Palais de Chaillot à Paris.

Il est nommé membre associé de l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles en 1939.

De 1940 à 1945, Bouchard est président du Salon des artistes français.

Bouchard trop âgé n’est pas mobilisé mais son fils Roland quant à lui est envoyé en Allemagne au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire) en tant que médecin.

De 1941, en sa qualité de président de la Société des Artistes Français, il fait partie du voyage de propagande nazie en Allemagne sur l’invitation de l’occupant allemand, avec onze autres artistes dont les sculpteurs, souvent membres de l’Institut, Charles Despiau, Paul Belmondo, Louis Lejeune et Paul Landowski, directeur de l’École nationale supérieure des beaux-arts ; les peintres Roland Oudot, Raymond Legueult, André Dunoyer de Segonzac mais aussi des artistes qui venaient de l’avant-garde du début du siècle : Kees Van Dongen, Maurice de Vlaminck, André Derain et Othon Friesz.

En 1942, il est membre du comité d’honneur de l’exposition Arno Breker à l’Orangerie à Paris.

En 1945, à la libération, il est jugé et condamné par le Tribunal d’épuration pour sa participation au Groupe Collaboration, (ce dont il se défend lors de son procès). Il sera démis de ses fonctions à l’École des Beaux-Arts et aura interdiction d’exposer et de vendre ses œuvres pendant 2 ans et sera rétablis dans ses droits en 1947.

En 1948, il réalise le monument au Père Jacques l’une de ses dernières grandes sculptures.

Le 5 novembre 1958, il prononce l’éloge funèbre de son confrère Paul Niclausse à l’église Saint-Germain-des-Prés à Paris.

Henri Bouchard meurt à Paris le 30 novembre 1960, à l’âge de 85 ans, laissant un atelier rempli de nombreuses esquisses, plâtres et sculptures. Il est inhumé au cimetière d’Aiserey (Côte d’Or).

Son épouse Suzanne a maintenu l’atelier dans son état jusqu’à sa propre mort en 1968.

En 1963, Georges Wildenstein organise une rétrospective Henri Bouchard dans sa galerie Beaux-Arts.

Le Musée-Atelier Bouchard a ouvert ses portes en 1962, il fut inscrit en 1985 sur la liste des musées contrôlés et fut reconnu Musée de France par le Ministère de la Culture en 2005 et enfin transféré à Roubaix en 2007. Pendant toutes ses années, il fut animé avec passion, par le fils de l’artiste, François et sa belle-fille Marie Bouchard, née Marie Fontayne,.

Source : Musée La Piscine - Roubaix